Un séjour de rêve
novembre 14, 2007 à 11:17 (Dream a little dream of me)
Tags: déréalisation, hospital
Un jour de printemps 2006, mon amie m’a retrouvé une lame de rasoir à la main, pleurant dans les toilettes. Je vivait à l’époque en Suède, à Malmö et ma déréalisation atteignait des sommets à cause d’un boulot stressant. Direction les urgences, mes deux meilleurs amis sont de la partie. Et nous patientons…Et nous patientons. Il y a une cabine fumeur dans la salle d’attente, une véritable horreur, on se croirait dans une chambre à gaz. Je fins par voir quelqu’un, je passe d’infirmiers à infirmiers puis d’infirmiers à médecins. Malheur, ils ont décidé de m’interner. On me prends tout qui pourrait me permettre de me blessé, y compris mes lacets de chaussures. Ma chambre est petite et propre. On me prend mes vêtements et je me retrouve en peignoir. Je fais un rapide tour de l’étage, il y a la salle des infirmiers, un petit salon avec un grand canapé et une télé et une salle pour fumer, un bocal. Ah et des zombies sur le canapé, beaucoup de zombies. Le teint blafard, les yeux hagards et des peignoirs sales. Voilà mes colocataires. Je comprends bien vite que cet étage regroupe aussi bien les dépressifs que les séniles. Et le pire c’est qu’il n’y a rien mais alors rien du tout à faire. Alors je fais comme les autre, je reste devant la télé. Un petite vieille me demande constamment de changer de chaîne, elle ne sait pas comment se servir de la télécommande. Mais la plupart du temps c’est les infirmiers de garde qui décident du programme, ils mettent en fait la série qu’ils ont envie de voir. C’est vrai que ça doit être emmerdant, garder des zombies. Première nuit, je refuse de prendre des somnifères. Impossible de dormir, j’erre dans les couloirs et j’agace les infirmières. Je finis par dormir. Deuxième jour, hop un petit cachet dès le matin. Je commence à connaître un peu plus mes chers compagnons. Il y a la petite vieille à la télécommande, Hans le vieux militaire avec sa casquette de marin qui somnole constamment et hurle des propos incohérents sur la guerre…avant de se rendormir aussi sec, il y a aussi cette étrange petite grosse qui demande à tout le monde s’il a une cigarette ou s’il a reçu son argent. Je suis dans le bocal, une cigarette aux lèvres. Une fille me parle de sa septième tentative de suicide. J’ai envie de crier. L’infirmière me parle comme à une débile mentale, comme je suis française, elle ne pense pas que je puisse parler suédois, ni anglais d’ailleurs… - You want one potatoe, two ? C. me rend constamment visite et en rusant un peu elle parvient à rester après l’heure des fermetures des visites. Je résiste mais je dois prendre les putains de somnifères. Je ne me reconnais peu. Au moins j’ai le temps d’écrire et de dessiner. Je joue souvent aux échecs avec C. Le temps passe lentement. Nous sommes dans le bocal avec C et fumons. La petite ronde entre et entonne une chanson d’Abba. C’est le summum. Nous éclatons de rire. J’ai enfin récupéré mon ordinateur portable et je passe le temps en jouant au solitaire. Je vois enfin le psychiatre, je suis au fond. Je lui parle de déréalisation et de mal être. Il sourit et me prescrit les mêmes médicaments qu’avant. Alors je souris moi aussi pour donner le change. Je peux sortir. Mais rien ne va mieux.
- a dit,
novembre 15, 2007 à 9:44
C’était pas le printemps..il me semble,…c’était à l’automne.